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Accueil > Actualité > Analyses > Social

Douze mythes sur la faim

L'article qui suit est rédigé d'après le livre World Hunger: 12 Myths (Douze mythes sur la faim dans le monde). A travers l'exemple des Etats-Unis, il montre la manière dont une nation riche réagit au problème de la faim. Mais ce sont l'ensemble des pays développés - et tout particulièrement ceux du G7 - qui sont remis en question par cette analyse, pour leur politique tiers-mondiste et leur complicité dans ce fiasco général, honteux autant qu'inutile. Cet article met en évidence les préjugé, culturels et autres schémas mentaux qui font obstacle à nos bonnes intentions visant à mettre un terme à la faim et à la pauvreté sur cette planète.

Aujourd'hui, près de 800 millions d'êtres humains ne mangent pas à leur faim, alors qu'il y a assez de nourriture pour tous. Or, l'un des principaux obstacles à l'éradication de ce fléau réside dans notre façon d'appréhender le problème, et ce n'est qu'en nous libérant de l'emprise des mythes qui s'y attachent que nous pourrons le combattre.


Mythe n° 1: Il n'y a pas assez de nourriture pour tous.

En réalité il y a abondance et non pénurie. La production mondiale de blé, riz et autres céréales est suffisante pour fournir à chacun 3 500 calories par jour, sans compter les féculents, légumes, noix, racines, fruits, viande et poisson. Nous pouvons apporter l'équivalent de 2 kg de denrées, par jour et par personne, à toute la planète: 1,2 kg de céréales, graines et noix, environ 450 g de fruits et légumes, et presque autant de viande, lait et oeufs. C'est suffisant pour rendre tout le monde obèse! La difficulté est que beaucoup sont trop pauvres pour acheter ces denrées. Même les pays qui souffrent de famine endémique auraient aujourd'hui la capacité de nourrir leur population, beaucoup d'entre eux étant des exportateurs agricoles!


Mythe n° 2: Mère nature est responsable de la famine.

Il est facile de blâmer la nature. En réalité ce sont des forces engendrées par l'homme qui rendent ce dernier de plus en plus vulnérable aux caprices de la nature. La nourriture est toujours disponible pour ceux qui en ont les moyens. Dans les périodes difficiles, la faim touche seulement les plus pauvres. En Asie du Sud, en Afrique, des millions de personnes, submergées par les dettes et payées avec des salaires de misère, vivent à deux doigts du désastre parce qu'elles sont privées de terre cultivable par une minorité dominante. Les événements naturels sont rarement la véritable cause des morts. Ce sont les institutions humaines et les politiques qui déterminent qui mange et qui meure de faim en période de pénurie. Ainsi, aux Etats-Unis, de nombreux sans-abri meurent de froid durant l'hiver, et pourtant on ne peut en rejeter la responsabilité sur le mauvais temps. Les vrais coupables sont un système économique qui n'offre pas d'opportunités à tous, et une société qui place l'efficacité économique au-dessus de la compassion.


Mythe n° 3: La surpopulation

En réalité, les taux de natalité sont en train de décroître rapidement au niveau mondial, alors que les dernières régions du tiers monde à parvenir à ce stade amorcent leur transition démographique - lorsque le taux de natalité chute en réponse au déclin de la mortalité. Bien que la croissance démographique reste une préoccupation sérieuse dans nombre de pays, on ne peut, en aucun cas, justifier la faim qui y sévit par la densité de la population. Face à des pays comme le Bangladesh, surpeuplé et pauvre en ressources, nous trouvons le Nigeria, le Brésil ou la Bolivie, où la faim coexiste avec d'abondantes ressources alimentaires. Le Costa Rica, avec une surface cultivée par habitant de moitié inférieure à celle du Honduras, a une espérance de vie moyenne de onze ans supérieure à celle de son voisin. Elle approche des normes occidentales et c'est assurément un indicateur du degré de nutrition de la population.

La démographie galopante n'est pas la cause première de la faim. Comme la faim elle-même, elle est le résultat d'inégalités structurelles qui privent la population pauvre, et particulièrement les femmes, d'opportunités économiques et de sécurité. La démographie galopante et la faim sont endémiques dans des sociétés où la propriété terrienne, l'emploi, l'éducation, les soins médicaux et les pensions de vieillesse sont hors d'atteinte de la plupart des gens. La situation des sociétés du tiers monde qui ont vu leur croissance démocratique se réduire fortement - comme la Chine, le Sri Lanka, la Colombie, Cuba ou encore l'Etat du Kerala, en Inde - prouve qu'il faut d'abord améliorer les conditions de vie des classes défavorisées, et en premier lieu des femmes. Ce n'est qu'ensuite qu'elles pourront choisir d'avoir moins d'enfants.


Mythe n° 4: Augmenter la production alimentaire peut nuire à l'environnement.

Nous devrions certes nous inquiéter d'une crise écologique qui menacerait notre production alimentaire; mais les besoins mondiaux ne sont pas tels qu'il nous faille sacrifier l'équilibre de la planète. Ce ne sont pas nos efforts visant à nourrir les affamés qui peuvent être la cause d'une catastrophe écologique. Les principaux responsables sont les multinationales qui pratiquent la déforestation dans les pays pauvres et soutiennent la demande artificielle qu'elles ont créée dans les pays riches pour les bois tropicaux, les fruits exotiques et les légumes hors-saison. La plupart des pesticides utilisés dans le tiers monde concernent les productions agricoles d'exportation, ce qui ne contribue guère à lutter contre la faim. Aux Etats-Unis, les pesticides permettent d'offrir au consommateur des denrées plus appétissantes que nature, mais n'améliorent en rien leur valeur nutritionnelle. Pourtant, il existe déjà de nombreuses alternatives en matière de culture saine, et bien d'autres encore sont à l'étude. Le succès de l'agriculture biologique, aux Etats-Unis, laisse augurer des changements positifs. Les résultats spectaculaires de Cuba, sorti de la crise alimentaire de ces dernières années par l'application d'une politique agricole autosuffisante sans utilisation de pesticides, constitue également un exemple. Les alternatives agricoles respectueuses de l'environnement sont plus productives que les techniques destructrices.


Mythe n° 5: La révolution verte est la seule solution.

En réalité, l'augmentation du rendement de l'agriculture moderne n'est pas un mythe. Les nouvelles espèces de semences permettent de récolter des millions de tonnes de céréales supplémentaires par rapport aux pratiques traditionnelles. Mais se contenter d'accroître la production ne peut supprimer la faim car cela ne change en rien le mécanisme économique qui détermine qui peut ou ne peut pas acheter de la nourriture. C'est pourquoi, parmi les pays dont les réussites agricoles illustrent généralement le discours des théoriciens de la Révolution verte, tels que l'Inde, le Mexique et les Philippines, la production céréalière, et dans certains cas les exportations, ont progressé alors que la famine persiste et que l'équilibre et la fertilité des sols cultivables sont compromis pour longtemps. Aujourd'hui, c'est d'une nouvelle révolution verte qu'il s'agit: celle des biotechnologies qui représentent une menace accrue pour l'égalité entre les hommes. Un danger que nous devons dès maintenant nous préparer à combattre.


Mythe n° 6: Les exploitations agricoles doivent être vastes.

En réalité, les grands exploitants qui contrôlent la majeure partie des meilleures terres, en laissent une grande superficie en friche. Les petites exploitations réussissent à produire quatre à cinq fois plus à l'hectare, en utilisant des méthodes intensives plus proches de l'idéal agronomique à cette échelle.

Aucun bail ne leur offrant de garantie sur leurs terres, les millions de petits fermiers du tiers monde sont peu motivés pour investir dans l'amélioration des sols, l'alternance des récoltes ou la mise en jachère, ce qui compromet la production future. Pourtant, la redistribution des terres peut améliorer la production agricole. Une réforme agraire intelligente a notablement accru les rendements dans des pays aussi différents que le Japon, le Zimbabwe et Taiwan. Une étude de la Banque mondiale concernant le Nord-Est brésilien estime qu'une juste redistribution de la terre arable en lopins de petites tailles pourrait accroître la production de 80 %.


Mythe n° 7: L'économie de marché peut mettre un terme à la faim.

En réalité, malheureusement, cette formule qui accorde plus d'importance au marché qu'aux décisions politiques ne peut rien contre les causes du mal. Cette position dogmatique veut nous faire croire que la société peut opter pour l'une ou l'autre voie, alors qu'en fait tout système combine l'économie et la politique pour répartir les ressources et distribuer les marchandises. L'économie de marché et sa merveilleuse efficacité ne peut réduire la faim que si le pouvoir d'achat est équitablement réparti. Ceux qui croient à l'utilité du marché et à la nécessité d'éradiquer la faim ne doivent pas chercher à promouvoir le marché lui même, mais les consommateurs! Les gouvernements ont un rôle capital à jouer en la matière: ils doivent s'opposer aux monopoles, en s'appuyant sur un système original de taxation, de crédit et de réformes agraires, afin de donner aux pauvres les moyens financiers de leur participation à l'entreprise économique. Les récentes tendances à la privatisation et à la dérégulation des échanges ne sont certainement pas la réponse au problème.


Mythe n° 8: La réponse est à chercher dans le libre-échange.

En réalité, le libre-échange a été un échec total dans le combat contre la faim. Dans la plupart des pays du tiers monde, les exportations ont progressé et la faim n'a pas diminué, bien au contraire. Lorsque la production de soja du Brésil est montée en flèche, pour aller nourrir le bétail japonais et européen, la famine est passée d'un tiers à deux tiers de la population. Alors que la majorité des gens est rendue à un état de pauvreté tel, qu'elle ne peut même pas acheter la nourriture issue de son propre sol, les compagnies qui contrôlent la production orientent leurs investissements vers des marchés plus rentables, à l'étranger. La production de denrées destinées à l'exportation élimine la production vivrière de base. Les politiques comme l'Alena (Accord de libre échange des pays de la zone nord atlantique) et le Gatt (Accord général sur les tarifs et le commerce) dressent les travailleurs de nombreux pays les uns contre les autres, dans une « course vers le bas » où les règles de la compétition consistent à travailler pour le moins cher possible, sans couverture sociale et avec le minimum de normes écologiques. Le Mexique et les Etats-Unis en sont un exemple dramatique: depuis la signature de l'Alena, les Etats-Unis ont subi une perte nette de 250 000 emplois, et le Mexique de deux millions, et bien entendu, la faim a augmenté son emprise dans ces deux pays.


Mythe n° 9: ils sont trop affamés pour se battre pour leurs droits.

En réalité, bombardés que nous sommes d'images d'êtres humains misérables, faibles et affamés, nous perdons de vue les évidences: pour ceux qui disposent de maigres revenus, la seule survie représente un effort gigantesque. Si les pauvres étaient vraiment passifs, peu d'entre eux seraient en mesure de survivre. A travers le monde, que ce soit chez les Zapatistes, au Mexique, ou dans les syndicats d'agriculteurs de l'Inde, partout où les hommes souffrent sans raison, se multiplient les mouvements qui visent à changer cet état de choses. Ces gens se nourriraient normalement si notre attitude ne le leur interdisait pas. Ce n'est certainement pas à nous d'« arranger les choses à leur place ». Nous avons la responsabilité de supprimer les obstacles qui les entravent, obstacles générés par les politiques des grands groupes industriels, du gouvernement des Etats-Unis, de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international.


Mythe n° 10: Pour nourrir les affamés, il suffit d'augmenter l'aide américaine.

En réalité, la plupart des programmes d'aide des Etats-Unis vont à l'encontre des besoins des affamés. L'aide étrangère renforce le statu quo. C'est un rapport élitiste qu'instaurent les gouvernements, et l'aide américaine n'est pas seulement un échec en cela qu'elle n'atteint pas son but, mais elle accroît les obstacles sur la route des plus pauvres. Cette sorte d'aide a pour finalité d'imposer le libre échange et l'économie de marché, de stimuler les exportations au détriment de la production vivrière, et de fournir l'armement nécessaire aux dictatures pour se maintenir au pouvoir. Même lorsqu'il s'agit d'une aide d'urgence, d'une opération humanitaire (qui représente tout au plus 5 % de l'aide totale) il est en fait question, encore une fois, de mercantilisme et de gros bénéfices pour les compagnies céréalières américaines. Il vaudrait mieux décider de l'annulation inconditionnelle de la dette, car c'est le fardeau de la dette qui pousse la plupart des pays du tiers monde à faire des coupes claires dans les budgets de la santé, de l'éducation, et à freiner les programmes de lutte contre la pauvreté.


Mythe n° 11: Nous tirons avantage de la pauvreté du tiers monde.

En réalité, le bien-être de la majorité des Américains n'est pas menacé par la réduction de la pauvreté, mais par son extension. Des salaires réduits - à l'étranger comme dans les grandes villes des Etats-Unis peuvent signifier des prix plus bas sur les bananes, les chemises, les ordinateurs et la nourriture des fast-foods, mais c'est aussi une manière onéreuse d'encourager la pauvreté et la faim. Aggraver la pauvreté du tiers monde met en danger l'emploi, les salaires et les conditions de travail aux Etats-Unis, dans la mesure où les compagnies iront sous-traiter à l'extérieur. Dans une économie mondiale, les acquis sociaux des travailleurs américains ne peuvent être garantis qu'à la condition que les travailleurs des pays moins bien lotis soient libérés de leur désespoir matériel actuel.

Aux Etats-Unis, des politiques comme celle de la réforme de l'allocation chômage injectent sur le marché du travail plus de main-d'oeuvre qu'il ne peut absorber - à des salaires inférieurs au tarif minimum - ce qui tire vers le bas les salaires de ceux qui sont à un niveau plus élevé. On voit s'accroître le nombre des « pauvres qui travaillent », ces travailleurs qui bénéficient d'un emploi à temps plein ou partiel et qui, néanmoins, ne peuvent nourrir et loger convenablement leur famille. Prendre conscience du lien, de l'intérêt commun que la plupart des Américains partagent avec les pauvres des pays défavorisés nous pousse à une attitude de compassion qui n'est en rien synonyme de pitié. Travailler à aider les pauvres à se libérer eux-mêmes de l'oppression économique, c'est oeuvrer à notre propre libération.


Mythe n° 12: Il faut restreindre les libertés pour mettre un terme à la faim.

Que ce soit d'un point de vue théorique ou pratique, il n'y a aucune raison pour que la liberté, au sens de libertés démocratiques, soit incompatible avec l'éradication de la famine. A examiner la situation générale de la planète, il n'apparaît pas de corrélation entre la faim et la liberté. Par contre, si on la considère au sens étroit (le droit d'accumuler sans limite la richesse et le pouvoir économique, et de les utiliser sans contrainte), la liberté s'oppose bien à l'éradication de la faim. Mais, nous proposons au contraire une définition de la liberté en accord avec la vision et les valeurs fondatrices des Etats-Unis, à savoir que la sécurité économique pour tous est la seule garantie de notre liberté. Il est essentiel d'accorder ce sens au mot liberté pour s'assurer la victoire contre le fléau de la faim.

Word Hunger: 12 Myths, (21 édition) par Frances Moore Lappé, Joseph Collins et Peter Rosset, avec la collaboration de LuisEsparza (entièrement révisée et mise à jour) Grove/Atlantic et Food First Books, octobre 1998. Reproduit d'après Backgrounder report Summer 1998. Food First, 398 60th Street, Oakland, Californie 94618, USA. Tél.1-800-274-7826. Internet: <foodfirt@igc.org, www.foodfirst.org>. ( Partage international - avril 1999)


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